Relatoras, l’école du féminisme

La plupart d’entre nous ont effectué leur formation féministe tou.te.s seul.e.s. Cela nous a permis, de fil en aiguille, de rencontrer des personnes partageant notre besoin de comprendre et de discuter sur nos connaissances. C’est un processus qui prend du temps, et se former un réseau militant est encore plus long. Et pour cause : l’histoire des femmes, des minorités de genre et des mouvements sociaux est sytématiquement silenciée, effacée de notre éducation. On aurait bien aimé, quand on galérait à trouver des réponses à nos questions, une école de féminisme pour nous faciliter la tâche.
Figurez-vous que sur l’Internet espagnol, elle existe, et elle s’appelle Relatoras.
A Séville, j’ai rencontré Miriam Gomez, sa co-présidente depuis l’année dernière, avec Helena Madico. La cinquantaine, des bouclettes et des boucles d’oreilles asymétriques, elle m’a gentiment invité à boire un thé pour discuter. A côté de nous, un bloc de béton sur lequel était tagué « Le féminisme ou la mort » donnait le ton à la conversation.

Relatoras a commencé comme une librairie féministe, fondée par Lola Garcia et Alina Zarekaite, dans la rue Relator de Séville. « Relator signifie rapporteur, celui qui va reporter et conter les histoires. Ce mot n’existait pas au féminin, alors elles l’ont créé. » Très vite, la librairie organise des groupes de lectures, qui se multiplient et se transforment en cours, d’abord dans la librairie et, face à leur succès, sur Internet. « Ce qui est très vite apparu avec les groupes de lecture, c’est la nécessité qu’éprouvaient nos lectrices de se rassembler pour discuter de féminisme, de voir qu’elles n’étaient pas seules à se poser des questions sur leurs situations et d’où elles venaient. On constatait le pouvoir qu’elles en retiraient. Les cours ont vite suivi, face à l’évidence qu’il y a un gouffre abyssal à la place de ce qui devrait être le savoir féministe dans notre société. On ne connaît pas notre histoire, et on a du mal à se construire en tant que résistant.e face à une société qui veut nous contraindre à une position dominée. » Aujourd’hui la librairie a fermé par manque d’argent, mais le campus en ligne est plus florissant que jamais.
Rien que pour la rentrée 2018, il y a une trentaine de cours prévus. Les inscriptions coûteront entre 60 et 120 euros, ce qui vous donnera accès à la plateforme du campus, un réseau entre professeur.e.s et élèves. Car non, tout le travail ne revient pas aux présidentes : « Nous nous considérons comme des curatrices. Nous rencontrons les intervenant.e.s, les aidons à planifier et gérer les cours, mais nous n’enseignons souvent pas nous-mêmes. Les cours ont des sujets très variés, et ne sont pas tous aussi populaires, ils vont du très classique comme l’histoire du féminisme à des choses plus légères comme le self-care ou plus approfondies, comme la pratique féministe du journalisme. » Une nouveauté de la rentrée 2018, dont elle est très fière de me parler, sera le premier cours donné par un homme : « Comment être un allié du féminisme ».
Miriam me fait remarquer que même si le contenu éducatif des cours de Relatoras est très important, l’aspect communautaire de la plateforme l’est tout autant. « On en avait fait l’expérience avec les groupes de lecture, et maintenant on peut voir ce phénomène à grande échelle : nos élèves éprouvent le besoin de se retrouver ensemble pour partager leurs expériences et se construire une force pour résister au patriarcat sexiste, raciste, lgbtphobe. Iels s’y réapproprient leur propre identité et les choses dont on leur avait appris à avoir honte. » Les cours s’attachent en effet à valoriser des choses jugées négativement comme les émotions, la sexualité ou encore les expériences corporelles comme les menstruations. « Je me souviens en particulier d’un cours qui se nommait « Secunda Primavera« , le Second Printemps, et qui portait sur la ménopause. C’est une période de la vie que l’on a souvent tendance à considérer comme une première mort pour la personne, dans une société où l’on accorde une valeur absolue à la jeunesse. A Relatoras, on considérait cela comme une deuxième naissance, le commencement d’une nouvelle partie de la vie avec de nombreux aspects positifs. Les réactions des personnes qui participaient au cours, qui pour la plupart étaient à ce passage de leurs vies, était toujours très vive en émotions. Il s’est construit une solidarité très touchante entre les participant.e.s. Tout.e seul.e chez soi, ou entouré.e de personnes qui ne nous soutiennent pas, on ne peut pas faire une force de ce genre de choses. Ensemble, on devient invincibles. »

Retrouvez Relatoras sur :
Leur site
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