Les trois questions à se poser avant de partir en voyage

En 2018, on ne peut pas ignorer que le tourisme a un impact sur la population, l’environnement et l’économie des pays concernés par celui-ci. Venise s’enfonce sous les pas des milliers de voyageur·euse·s qui la visitent chaque jours. Le Machu Pichu se détériore à vu d’oeil, et le chemin des Incas est fermé une partie de l’année pour permettre de le restaurer. Les plages naturelles laissent place à de grands hôtels et des quais de béton. Les lieux de vie de la faune et de la flore tropicale réduisent à vitesse grand V. On ne va pas arrêter le tourisme, mais on peut, et on doit, en tant que touristes, s’orienter vers des pratiques durables, respectueuses de la population et de l’environnement des pays que nous visitons. Pour commencer sur le chemin d’un tourisme équitable, voilà trois questions que l’on devrait tou·te·s se poser, avant de partir et pendant que l’on est en voyage.

– Quelles sont mes motivations ?

Cette question peut paraître étrange car il y a de nombreuses – bonnes – raisons de partir en voyage. L’idée que le voyage peut être un outil de développement personnel ne me fait pas rire, dans la mesure où j’en ai fait l’expérience moi-même. Vous pouvez aussi partir simplement pour vous amuser, ou voir du pays.
Cependant, il y a une tendance, notamment chez les personnes blanches, à profiter de la précarité des populations des pays qu’elles visitent. Il y a celleux qui, par exemple, vont à la manière de Pékin Express s’inviter chez des gens qu’ils ne connaissent pas et qui n’ont rien demandé, comptant simplement sur leur générosité pour ne pas avoir à se payer un logement, dans un pays qui ne leur coûte déjà presque rien. Il y a aussi celleux qui vont se placer avec un regard de pitié face aux personnes qu’ils rencontrent, afin de pouvoir raconter leur histoire en rentrant et se faire mousser sur les réseaux sociaux. Qui n’a jamais entendu ce mec en soirée, qui, après avoir passé deux mois en Amérique du Sud, scande à quel point « La vie là-bas est dure, j’ai travaillé avec des enfants pendant une semaine, ils s’amusent avec rien, juste des caillou. Je leur ai offert du pain et des stylos, je pense qu’ils n’ont jamais autant souri. Après avoir vécu ça, j’ai vraiment remis mon niveau de vie en question. »? Faire du misérabilisme, c’est tout simplement profiter de la situation de populations en difficulté pour pouvoir se forger une certaine réputation. Et ça a un nom : le white saviorism, ou héroïsme blanc. C’est une tendance poussant dans le néocolonialisme, où les personnes blanches se croient les sauveuses du monde, et surtout des pays qu’elles considèrent comme moins développés.
Le white saviorism trouve son apogée dans ce que l’on appelle le volontourisme, où des groupes de jeunes s’embarquent pour une semaine, un mois dans des missions humanitaires en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud. Bien sûr ces missions partent d’une bonne intention, mais elles sont souvent organisées par des entreprises qui n’en ont pas. Le volontourisme est avant tout une entreprise lucrative, et les puits, les maisons ou les bâtiments érigées par les volontaires sont souvent insalubres, inutiles et inutilisables seulement quelques semaines après leur construction. Si cela vous intéresse, je vous conseille l’article de Juliette sur son blog Sinon, qui aborde plus en profondeur la question du volontourisme.

 

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Le blog et compte Instagram Barbie Savior parodie le white saviorism. Ici, on voit Barbie entorée de poupées d’enfants noir.e.s. Sur le blog, la photo est légendée « La poupée qui sauva l’Afrique ».

 

– Où va mon argent ?

La tourisme représente un capital économique très important et parfois vital dans certaines régions du monde. En 2008, l’institut du tourisme Costa Ricain dévoilait ainsi que l’activité touristique représentait 22% du PIB du petit pays, dont un quart du territoire est composé de parc et réserves naturelles. Pour assurer le développement du secteur touristique, les pays concernés construisent ou confient à des entreprises la construction de nombreuses installations afin d’assurer l’hébergement des touristes. Ils vont aussi utiliser un plus grand nombre de ressources en eau et en énergie que ce que consomme normalement leur population. Cela modifie drastiquement l’environnement et les paysages, changeant la vie de la population, de la faune et de la flore locale. En tant que touristes, nous avons la responsabilité d’investir notre argent dans le pérennité économique et environnementale des pays que nous visitons et de ses habitant·e·s plutôt que dans celui d’entreprises internationales qui ne sont nullement intéressées par le bien-être de ceux-ci. Cela concerne tous les aspects de notre voyage : hébergement, nourriture, activités. Manger au restaurant du coin plutôt que dans celui de notre hôtel, choisir un guide local plutôt que celui proposé par notre centre de vacances… En deux mots, consommer localement. Il y a de nombreuses façons de le faire, et cela demande tout juste un peu plus de recherches. Heureusement, il y a de nombreux blogs et comptes Instagram de blog trotters qui vous recommanderont les meilleurs restaurants et cafés locaux, où que vous soyez.
Si vous préférez quand même que votre voyage soit organisé par une structure externe, attention : une nouvelle tendance dans le monde du tourisme est de se labelliser d’entreprise éco-responsable. Bien sûr, certains organismes vont véritablement s’intéresser au bien-être de l’environnement et de la population qui les entoure, mais beaucoup utilisent ce label comme un outil marketing et ne font que cacher le résultat de leurs actions. Pour pouvoir séparer les bons des pourris, il suffit parfois de demander : voici en lien une liste de questions à poser aux hôtels/auberges/loges qui vous hébergent pour déterminer si ils respectent la population locale et l’environnement, sur le site de Responsible Travel.

– Quel impact mes activités ont-elles sur l’environnement que je visite ? 

Enfin, et dans le prolongement du dernier point, il est important d’être conscient·e de l’impact qu’ont nos activités sur l’environnement que nous visitons afin de minimiser celui-ci. Je vous parlais dans cet article de façons de respecter l’environnement lorsque vous voyagez, mais ces conseils s’appliquaient surtout à la vie quotidienne ou à des activités en groupes réduits. Il y a beaucoup d’activités organisées ou d’installations qui sont nocives pour l’environnement et les populations locales, qu’il faut boycotter pour permettre leur arrêt pur et simple.
La consommation et la surconsommation d’eau par les touristes est un problème énorme dans certaines régions du monde, comme en Méditerranée. En Espagne, où la gestion de l’eau est un problème national, un touriste consommerait en une journée deux fois plus qu’un·e espagnol. Il faut donc être très conscient·e de sa consommation énergétique, surtout dans certaines régions qui ont tendance à en manquer, car le tourisme conduit à l’altération des espaces naturels pour pallier à la demande de l’industrie. Pour savoir quel type d’activités sont peu recommandées dans les pays que vous visitez, encore une fois, vous renseigner au préalable avant d’arriver pour permettra d’adapter votre voyage aux besoins du terrain.
Certaines des activités touristiques les moins réglementées sont celles qui concernent les animaux : safaris, refuges… Je ne parlerai pas ici des petting zoos (zoos où l’on peut caresser les animaux), et autres activités où l’on peut interagir avec les animaux, car j’y consacrerai un article entier. Sachez seulement pour l’instant qu’il vaut mieux pour un singe d’être en liberté dans la jungle que d’être pris en photo avec une famille de touristes pour quelques sous. Pour ce qui est des safaris et refuges, la différence entre éthique et catastrophique est souvent maigre : au Costa Rica, mais cela s’applique certainement à tous les pays tropicaux, des zoos où l’on peut toucher les animaux en cage se font passer pour des refuges, et il y a très peu de véritables endroits éthiques dans le pays. Je n’ai qu’une seule chose à vous conseiller, c’est de bien faire des recherches sur l’endroit que vous comptez visiter avant d’y aller. Dans un registre similaire, certains trajets en bateau pour voir dauphins, baleines et tortues vous proposeront de toucher les animaux, voire même de les nourrir. Cela peut les mettre gravement en danger. Si la différence est encore floue pour vous, sachez seulement cela : si vous faites autre chose que regarder, c’est que vous êtes au mauvais endroit.

Un commentaire sur “Les trois questions à se poser avant de partir en voyage

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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